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Productivité et compétitivité (partie 2)

16 mars 2026

Dans le dernier blog consacré à la productivité, j’avais annoncé que j’allais approfondir également une notion connexe, plus populaire et adoubée par les médias: la compétitivité. Mot valise qui mérite une défintion précise pour être utile. Dans ce contexte je piocherai dans l’énorme travail fourni par vingt années d’analyse et de publications de lObservatoire de la Compétitivité, hébergé au Ministère de l’économie et créé par la Tripartite de 2004.

Compétitivité, le nom poétique pour productivité (Krugman)

Dans son article dans Foreign Policy, intitulé « Competitiveness, a dangerous obsession », Paul Krugman, Prix Nobel, écrivait « One can, of course, take the position that words mean what we want them to mean, that all are free, if they wish, to use the term « competitiveness » as a poetic way of saying productivity, without actually implying that international competition has anything to do with ». C’est tout à fait dans ce sens que l’Observatoire de la compétitivité a toujours utilisé le concept médiatique qui évoque la course, la rivalité voire la bataille des pays et des entreprises les uns contre les autres. Dans cet univers, il n’y aurait pas de jeu coopératif: ce que les uns perdent les autres le gagnent. L’économie mondiale serait un jeu à somme nulle .

C’est une approche mercantiliste. Aux antipodes de ce qu’enseigne la science économique: l’avantage comparatif permet à chaque pays de se spécialiser dans les produits dans lesquels il excelle et de commercer avec d’autres pays, au bénéfice de tous.

La définition de la compétivité se trouve dans le rapport du professeur Fontagné (« Une paille dans l’acier »), rédigé à la demande de la Tripartite de 2004 : « la capacité (d’une nation) à améliorer durablement le niveau de vie de ses
habitants et à leur procurer un haut niveau d’emploi et de cohésion sociale tout en
préservant l’environnement »
.

La productivité est logée au coeur du niveau de vie, de la prospétrité. Car le niveau de vie (Pib par tête) c’est la productivité du travail x taux d’activité. C’est la richesse produite, qui doit être équitablement répartie tout en préservamt les ressources environnemetales. C’est une définition assez solide qui permet ensuite de nombreux développements.

A l’époque, j’avais eu le privilège de seconder le professeur Lionel Fontagné, qui a mené de multiples réunions avec les syndicats et les fédérations partronales en vue de construire un système d’indicateurs consensuel compatible avec la définition générale retenue par les partenaires sociaux et le gouvernement. Cette défintion avait également été adoubée par le Conseil économique et Social (CES). Malheureusement, tout cela a été oublié entre temps. Heureusement, le site du ministère de l’économie garde une trace des travaux d’antan. Cela permet de s’adonner à un peu d’archéologie sur le thème de la compétitivité.

Depuis l’Observatoire a produit une vingtaine de rapports reprenant le système d’indicateur national, développé et perfectionné avec les représentants des partenaires sociaux, mais aussi les benchmarks les plus connus comme les classements WEF et IMD, sans oublier les indicateurs imposés par l’UE dans le cadre de la « Stratégie de Lisbonne ». En effet, en 2000 le Conseil européen de Lisbonne s’était fixé comme objectif de « faire de l’Union européenne l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde à l’horizon 2010 ». Ce programme, inachevé, a été suivi par le projet Europe 2020 plus sobre mais bâti sur le même schéma : fixer des objectifs par pays et monitorer les progrès par une batterie d’indicateurs. Le projet Europe 2020 s’est achevé dans l’indifférence la plus totale, sans évaluation. Les objectifs quantitatifs en termes de réduction de risque de pauvreté ou de dépenses de recherche par exemple n’ont pas été atteints. A ce système sont venus se greffer les objectifs onusiens de la soutenabilité, les SDGs, mais à titre illustratif, sans ambition et sans but.

L’Observatoire de la Compétitivité s’est efforcé de faire une synthèse intelligible et cohérente de la foison de statistiques récoltées, censées éclairer la trajectoire des sociétés et jauger de l’écart accusé face aux objectifs. Mais l’opinion publique et les décideurs ont vite oublié les objectifs de long terme et se sont laissés décourager par la complexité apparente de la foultitude d’indicateurs épars. Les problèmes méthodologiques et statistiques ont entamé la confiance dans le système d’indicateurs, même si les soucis statistiques sont inévitables et finalement de portée limitée.

L’Observatoire a régulièrement organisé des séminaires et conférences afin de faire « vivre » les analyses et la confrontation avec la réalité.Le dernier sur la compétitivié eut lieu le 21 novembre 2021 après les traumatismes de la crise du COVID. On s’interrogeait sur le monde d’après, la vulnérablité des sociétés, la résilience, l’élargissement aux indicateurs la décarbonation, de bien-être subjectif…Avec la « polycrise » qui a suivi la sortie des turbulences occaisionnées par la pandémie: attaque russe de l’Ukraine et explosion des prix de l’énergie et des matières premières, incertitue et imprévisibilité étaient à leur comble. On résume cette situation parfois par VUCA (volatility, uncertainty, complexity, ambiguity). Foin des indicateurs équilibrés pour un monde meilleur!

Les partenaires sociaux se sont finalemement progressivement détournés du système d’indicateurs originellement mis au point, de commun accord, invoquant de nombreuses raisons techiques ou doctrinales. Il est clair que la référence à un système d’indicateurs centralisé ne permettait pas de cautionner des points de vue partisans, dans la bataille autour de sujets controversés. Les partenaires sociaux ont préféré mettre au point leur propre grille indicateurs ad hoc.

Heureusement, il nous reste le Conseil économique et social et le Conseil National de la productivité qui permettent de travailler sur la capacité de notre économie à assurer un niveau de vie élevé durable à la population. Bref, il faut revenir à une vue étendue de la productivité-compétitivité.

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