Après le COVID, la création d’emploi stabilisant le chômage est passée à 2,2%
La BCL a publié dans son avis sur le projet de budget 2026 une étude (encadré no 3) sur le lien entre la croissance de l’emploi et du taux de chômage, mettant à jour des analyses plus anciennes, notamment du STATEC.
Ces dernières années de nombreux commentateurs s’étaient montrés surpris que le taux de chômage n’aie pas augmenté notablement alors que la création d’emploi avait sérieusement ralenti après la poly crise (Covid, Guerre en Ukraine, troubles géopolitiques).
Ce lien qu’on appelle parfois abusivement la « loi d’Okun », puisqu’à l’origine Arthur Okun, conseiller des Président Kennedy et Johnson, avait analysé, dans les années 60, la relation entre la croissance du PIB et le chômage. Depuis l’époque cette relation empirique a été moult fois remise sur le métier.
L’équation utilisée ici est toute simple mais illustre la corrélation entre variation du taux de chômage et variation de l’emploi. Estimés économétriquement on trouve les valeurs des paramètres alpha et de bêta.
α mesure la tendance du taux de chômage et β donne la sensibilité du taux de chômage à l’emploi. Si on annule la croissance du chômage, on trouve facilement le seuil de l’emploi (− 𝛼/𝛽).
∆𝑈R𝑡 = 0 implique − 𝛼/𝛽=∆𝐿
« Sur l’ensemble de la période sous revue (1996 T1 à 2025 T1), le taux de variation annuel de l’emploi total qui stabilise le taux de chômage (− 𝛼⁄𝛽) est estimé à 3,4 %. Ce taux est passé de 4,2 % avant la crise financière à 2,8 % durant la période post-crise financière et pré-Covid, avant de descendre à 2,2 % dans la période post-Covid102 103. Les coefficients estimés de toutes les équations sur toutes les périodes sont significatifs au seuil de 1 %. »

Le graphique 3 de l’étude de la BCL montre que le seuil (droite verticale en vert) est descendu à 2,2% dans la période du 2me trimestre 2020 au premier trimestre 2025. Il faut donc que l’emploi total augmente de 2,2% pour que le chômage ne s’élève pas. Si l’emploi augmente plus vite, le taux de chômage va même se tasser.
La BCL note que ce seuil reste élevé dans la comparaison de la zone euro. L’impact est ralenti par le fait que les frontaliers occupent de nombreux jobs et non pas la population résidente (le taux de chômage étant par définition calculé sur l’emploi résident). La BCL cite parmi les explications un facteur sectoriel ainsi que l’emploi public qui aurait continué à augmenter… Mais on voit mal la pertinence du raisonnement, l’emploi public venant renforcer l’emploi national qui a un impact plus net sur baisse du chômage.
C’est une relation fort pratique et visuellement séduisante pour relier emploi et chômage mais il faut lui préférer des analyses structurelles plus sophistiquées, mettant en œuvre des modèles plus complexes faisant intervenir la croissance de l’économie, la productivité du travail, la population active, mue par l’immigration et les frontaliers, de l’investissement, des exportations etc …